Sûr de lui, comme de sa vaillante Louise, Miniou, s’autorise toutes sortes de fantaisies : les tarifs de transport des vaches, chevaux, moutons varient au gré de l’humeur du patron, les injures pleuvent indistinctement sur bêtes et gens ...
Les insulaires protestent contre ces mouvements d’humeur, contre la malpropreté du navire, contre les choix arbitraires de Miniou qui, au moment de la "colo", embarque d’abord les militaires et, n’ayant que cinquante places à bord, refuse les civils !
Et en effet il est « roi ».
Roi des îles, de ces îles sauvages et impitoyables autour desquelles avec les vents terribles tournoient les légendes cruelles ...
On dit qu’il a surpris les secrets des écueils et des courants ...
Un jour de fête, l’évêque s’embarque à son bord, tandis que le cortège officiel s’installe sur Le Travailleur, beaucoup plus rapide que La Louise et à qui l’on a donné un pilote de Brest et un capitaine. Des ordres sont donnés aux deux bateaux de marcher à la même vitesse.
Des ordres à Jean-Louis Miniou !
La Louise avec l’évêque est arrivée à Lampaul une heure avant Le Travailleur. Blâme pour le capitaine Jean-Louis Miniou.
Pour lui le déshonneur c’est de ne pas arriver le premier ... avant le « pilote de Brest ».
Quand il navigue il est le maitre à son bord ... avant Dieu, en tout cas, avant tous les marins de la création, d’où qu’ils viennent et quel que soit leur grade.
L’amiral qui veut un jour lui donner une leçon l’apprend à ses dépens.
Le temps est mauvais. Miniou sur la passerelle semble ne pas y prendre garde. L’amiral lui indique la marche à suivre.
« Amiral », lui répond fièrement Miniou, « vous êtes maitre chez vous. Je suis le maitre chez moi. Comme je tiens à ma peau, je vous demande de me laisser faire. »
Et de fait il lui arrive de donner des leçons d’audace et d’adresse aux commandants de la marine militaire.
Un matin, au moment de quitter Le Conquet, il a l’impression qu’autour d’Ouessant la mer doit être impossible, et il décide de retarder son départ. Il voit à ce moment un torpilleur qui sort, mais qui bientôt rebrousse chemin et rentre au port.
« Ah ! ils veulent me donner des leçons ! Je vais leur montrer ce que je peux faire, moi, avec ma Louise ».
Il leve l’ancre et après une lutte terrible arrive sans accident à Lampaul.
Sur la passerelle il se moque volontiers des gens qui viennent à Ouessant sans rien connaitre de la mer.
Un coup de vent enlève, un jour, le chapeau d’un curé qui se trouve à bord et s’imagine que tout doit plier devant lui.
« Arrêtez le bateau », commande-t-il à Miniou qui conserve mal son sérieux.
« Arrêtez », obtempère de nouveau le Curé.
« Oh non », répond le patron, « laissez votre chapeau dans l’eau. Cela vaut mieux ici. Vous le retrouverez demain en revenant : il y aura surement une langouste dedans.