Deux ans plus tard, on parle à nouveau de construire un port !
Le 17 janvier 1865, un vapeur anglais, le Columbia, fait naufrage dans la tempête sur les écueils de Men Korn. Il disparaît deux heures après son échouage avec tout son équipage. Les insulaires sont bouleversés par cet événement d’autant plus que, pendant cette même semaine de mauvais temps, deux barques sont brisées par la grosse mer en baie du Stiff, et que les marins-pêcheurs n’ont pu porter aucun secours au navire anglais, car toutes les autres embarcations ont été remontées en haut de la falaise.
Le conseil municipal réclame impérativement un port sur la côte est, au nom de la vocation de sauveteurs des Ouessantins : "Aucun navire ne peut espérer de secours dans cette partie de l’ile, attendu qu’il n’existe aucun lieu de sécurité pour les embarcations. Cet état de choses est déplorable, le dévouement des marins d’Ouessant est connu de tout le monde, et s’ils n’ont pu le montrer cette fois, ce sont les moyens qui leur ont manqué".
L’année suivante, la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés place à Ouessant un canot de sauvetage à rames, et les ingénieurs des Ponts et Chaussées proposent un avant-projet, dont la création de toute pièce à Arland sur la côte sud d’une jetée de 40 mètres de longueur. Finalement, l’idée d’un port à Arland est retenue.
Une commission nautique est créée le 20 mars 1867. Composée à la fois de marins pêcheurs d’Ouessant et d’ingénieurs de l’administration sous la présidence du maire Belain La Motte, elle a pour tâche de mettre au point le détail des futurs travaux.
Le projet est approuvé le 31 mars 1870 par décision ministérielle (et décret du 28 décembre 1871). Les travaux commencent en 1874. Ils vont durer quatre longues années et engouffrer plus de 150.000 F pour un résultat fort décevant. Le travail, qui ne peut être exécuté que pendant les mois d’été (du 1er mai au 15 septembre), avance très lentement.
L’ouvrage n’est pas encore terminé qu’il faut se rendre à l’évidence : la longue digue de 85 mètres ne rendra pas les services attendus. Après maintes péripéties, Arland est achevé envers et contre tout, et lorsque deux ans plus tard, un bateau-courrier à vapeur assure enfin une desserte plus régulière et plus sûre de l’île, il n’y a toujours pas de débarcadère pour le recevoir !
Port et bateau vont de pair. C’est en prévision d’un bateau à vapeur qu’Arland a été construit, depuis c’est pour le bateau que l’on réclame un port.