On retrouve en 1689 un texte demandant au « Sieur HERPIN » et au « Sieur Delavoy » de trouver sur la côte d’Ouessant « l’endroit où des tours pourraient être le mieux placées. »
Dans un souci militaire, Vauban érige entre 1683 et 1700 les 6 premiers phares français. Il s’agit de solides tours bastionnées et garnies de canons, dont en 1695 une « tour à feu » en granit au sommet de l’impressionnante falaise du Stiff, point culminant de l’île. Au début du XVIIIe siècle, les côtes du Finistère ne sont encore éclairées que par la tour de l’Abbaye Saint-Matthieu sur le goulet de Brest et le Stiff d’Ouessant. Le projet du Stiff a été réalisé finalement sans arrière-plan stratégique ; il s’agit avant tout d’assurer la sécurité des vaisseaux qui, venant du large, s’apprêtent à entrer dans la Manche.
Le phare du Stiff est composé de deux tours tronconiques accolées ; il abrite dans l’une un escalier à vis qui dessert les chambres en retonde de l’autre.
Durant les années qui suivent sa construction, le feu est allumé par un gardien au sommet du phare, sur la terrasse supérieure que l’on peut toujours identifier dans l’architecture de l’édifice, à partir d’un brasero brûlant du bois et du charbon. Le feu ne fonctionne que du 1er octobre à fin mars mais, en 1717, l’intendant du Roy en Bretagne note « que le feu n’a pas été allumé depuis longtemps, faute de matière pour l’entretenir et d’argent pour avoir lesdites matières ». D’ailleurs à cette période, on relève que le feu ne sert plus ; le grillage du foyer a rouillé ; tout doit être restauré. En 1720, le régent ordonne que le feu soit rétabli à Ouessant. Dés lors, il semble qu’il soit allumé en permanence. Bientôt, les foyers allumés depuis les temps anciens au sommet des tours à feu cèdent la place à un système composé d’un réflecteur en forme de calotte de sphère au foyer duquel brûlent jusqu’à 60 lampions, dégageant abondante chaleur et fumée grasse, encrassant vitres et réflecteurs. En 1820, le Stiff est enfin équipé d’une procédé mis en place en 1790, le système Sangrain, consistant en l’utilisation de grands réflecteurs concentrant le rayon lumineux en un faisceau plus étroit. Ce système est par ailleurs doté d’une évacuation par une cheminée de cristal protégeant la surface argentée à la feuille des réflecteurs, de la chaleur et de la fumée. Modifié à plusieurs reprises, le phare du Stiff est équipé en 1831 d’une optique de feu fixe de premier ordre.
Délimitant le passage maritime au nord-est, le phare est maintenant entièrement automatisé : allumage et extinction du feu sont commandés par l’intermédiaire d’une cellule photo-électrique. Depuis 1978, une tour radar accompagne le Stiff dans sa permanente surveillance des « rails » de l’entrée de la Manche. Depuis 1993, le télé-contrôle s’effectue à partir du phare du Créac’h. Le phare du Stiff est situé à 89,10 mètres au-dessus de la mer et à 32,40 mètres du sol. Il fonctionne au pétrole jusqu’en 1889. Il est désormais alimenté par l’énergie électrique distribué par le réseau de l’ E.D.F.
Sa portée lumineuse est de 24 milles. Ses feux émettent deux éclats rouges toutes les 20 secondes.
