L’utilisation du Gwenn ha Du avant 1945

Jeudi 11 décembre 2008, par mens // Emblèmes bretons

Le Gwenn ha du a été créé par Morvan Marchal, membre de différentes organisations nationalistes et autonomistes, et rédacteur du journal Breiz Atao [1]. Le drapeau qu’il créa fut utilisé par ces mouvements et aussi pour représenter la Bretagne à l’extérieur.

En 1925, le journal Breiz Atao salue la création du drapeau, dans un article titré « Pour un drapeau de l’U.Y.V. » :

« On a vu dans notre dernier numéro l’intéressante initiative que nous devons à un groupe de nos amis les plus sûrs, et particulièrement à Ronan Rickwaert » 

(Breiz Atao [1] n° 83, 11/1925, p. 615). La paternité de ce drapeau n’est pourtant pas attribuée à Ronan Rickwaert, mais bien à Morvan Marchal.

La première grande apparition du drapeau date de l’exposition des Arts Décoratifs de Paris en 1925. Le but des mouvements bretons est de faire du Gwenn ha du un « drapeau national breton » ; il fut adopté comme tel en 1927, lors du Congrès du Parti autonomiste breton [2] , regroupant ceux qui se présentaient comme nationalistes, autonomistes ou fédéralistes.

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Congrès de Breiz Atao à Rosporden en 1927.
Dépôt de gerbe « aux 250 000 Bretons victimes de la guerre ». (Cliché Savubo, [DR])

Après des contacts entre les nationalistes et l’ambassade d’URSS à Paris, dans la période 1929-1932, l’Association des Bretons émancipés, une organisation proche du PCF, adopte ce drapeau quand Staline ordonne au PCF de soutenir les autonomistes alsaciens et bretons liés aux pangermanistes [3] hostiles au Traité de Versailles [4] contre les tenants du Traité de Versailles, dont le gouvernement français.

Il fut également choisi en 1937 pour flotter sur le pavillon de la Bretagne de l’Exposition universelle où exposaient les artistes modernistes bretons regroupés dans le mouvement Ar Seiz Breur [5].

A la même époque, Morvan Marchal expose sa vision du drapeau qu’il a créé :

« Ce drapeau, qui, je le répète, n’a jamais voulu être un drapeau politique, mais en emblème moderne de la Bretagne, me paraît constituer une synthèse, parfaitement acceptable de la tradition du drapeau d’hermines pleines, et d’une figuration de la diversité bretonne. [6] » 

(Breiz Atao [1] n° 288, 31/10/1937, p. 2, « Le drapeau breton », qui reproduit un article de Marchal paru dans Ouest-Eclair [7] de la même année)

En 1986, une étude sur Marchal précise :

« le drapeau semé d’hermines a été l’emblème officiel du duché de Bretagne (…). Pourtant, les jeunes de Breiz Atao veulent l’abandonner, à cause de la confusion (…) avec les fleurs de lys des royalistes. Marchal et Rickwaert trouvent dans les armes de la ville de Rennes matière à inspiration »

(Dalc’homp Soñj [8] , n° 17, 1986, p. 22, « Morvan Marchal, 1900-1963, créateur du Gwenn ha Du », Jakez Gaucher)

En 1937-38, le Gwenn ha du commence à être connu et donne lieu à une querelle par journaux interposés, les tenants du drapeau d’hermines dit traditionnel défendent leur drapeau face aux tenants du drapeau à rayures dit moderne ou Gwenn ha du. Ces drapeaux feront l’objet d’un choix quasi politique assez marqué avant-guerre : les modernistes proches de Breiz Atao [1] utilisent surtout le Gwenn ha du, alors que les pèlerins des pardons et autres fêtes religieuses, mais aussi de nombreux bagadoù [9] , utilisent le drapeau d’hermine

P.-S.

Notes :
[1] Breiz Atao (en français : Bretagne Toujours) est le nom de plusieurs revues éditées par diverses branches du mouvement breton. Il a paru entre 1918 et 1939.
[2] Le Parti autonomiste breton (PAB) est un parti politique breton qui a existé de 1927 à 1931.
[3] Pangermanisme : Doctrine politique, mouvement visant à regrouper en un État unique toutes les populations d’origine germanique.
[4] Traité signé à Versailles le 28 juin 1919 qui mit fin à la Première Guerre mondiale, conclu entre l’Allemagne et les puissances alliées et associées. Ses principales clauses étaient : la restitution de l’Alsace-Lorraine à la France ; l’administration de la Sarre par la SDN ; l’organisation d’un plébiscite au Slesvig et en Silésie ; la création du « couloir de Dantzig » donnant à la Pologne un accès à la mer ; la limitation du potentiel militaire allemand ; le versement par l’Allemagne de 20 milliards de marks-or au titre des réparations.
[5] Le mouvement des Seiz Breur est un mouvement créé par une phalange d’artistes bretons entre les deux guerres mondiales. Bien que placé sous une invocation symbolique (seiz breur = sept frères en breton), il se présenta comme une union par cooptation qui ne regroupa pas plus de 50 artistes sous le nom breton de « Unvaniezh Seiz Breur » (Union des Sept frères). Ce mouvement est un initiateur de l’art celto-breton moderne, et dont l’influence se fait toujours sentir aujourd’hui dans la culture bretonne.
[6] Cité par O.L. Aubert dans revue Bretagne, octobre 1937, p. 292
[7] L’Ouest-Éclair est un ancien quotidien régional français, dont le premier numéro a paru le 2 août 1899 et le dernier le 1er août 1944. L’Ouest-Éclair sera interdit à la Libération pour collaboration. Ouest-France a pris sa suite, avec une direction renouvelée.
[8] Dalc’homp Soñj , créée en 1981, est une association dont le but principal est de participer à la vulgarisation de l’histoire de Bretagne et des Pays celtiques.
[9] Bagad signifie « troupe » en breton. Dans le cas présent, il est l’abréviation de bagad ar sonerion (groupe de sonneurs).