Le Gwenn ha du a été créé par Morvan Marchal, membre de différentes organisations nationalistes et autonomistes, et rédacteur du journal Breiz Atao [1]. Le drapeau qu’il créa fut utilisé par ces mouvements et aussi pour représenter la Bretagne à l’extérieur.
En 1925, le journal Breiz Atao salue la création du drapeau, dans un article titré « Pour un drapeau de l’U.Y.V. » :
« On a vu dans notre dernier numéro l’intéressante initiative que nous devons à un groupe de nos amis les plus sûrs, et particulièrement à Ronan Rickwaert »
(Breiz Atao [1] n° 83, 11/1925, p. 615). La paternité de ce drapeau n’est pourtant pas attribuée à Ronan Rickwaert, mais bien à Morvan Marchal.
La première grande apparition du drapeau date de l’exposition des Arts Décoratifs de Paris en 1925. Le but des mouvements bretons est de faire du Gwenn ha du un « drapeau national breton » ; il fut adopté comme tel en 1927, lors du Congrès du Parti autonomiste breton [2] , regroupant ceux qui se présentaient comme nationalistes, autonomistes ou fédéralistes.

- Congrès de Breiz Atao à Rosporden en 1927.
- Dépôt de gerbe « aux 250 000 Bretons victimes de la guerre ». (Cliché Savubo, [DR])
Après des contacts entre les nationalistes et l’ambassade d’URSS à Paris, dans la période 1929-1932, l’Association des Bretons émancipés, une organisation proche du PCF, adopte ce drapeau quand Staline ordonne au PCF de soutenir les autonomistes alsaciens et bretons liés aux pangermanistes [3] hostiles au Traité de Versailles [4] contre les tenants du Traité de Versailles, dont le gouvernement français.
Il fut également choisi en 1937 pour flotter sur le pavillon de la Bretagne de l’Exposition universelle où exposaient les artistes modernistes bretons regroupés dans le mouvement Ar Seiz Breur [5].
A la même époque, Morvan Marchal expose sa vision du drapeau qu’il a créé :
« Ce drapeau, qui, je le répète, n’a jamais voulu être un drapeau politique, mais en emblème moderne de la Bretagne, me paraît constituer une synthèse, parfaitement acceptable de la tradition du drapeau d’hermines pleines, et d’une figuration de la diversité bretonne. [6] »
(Breiz Atao [1] n° 288, 31/10/1937, p. 2, « Le drapeau breton », qui reproduit un article de Marchal paru dans Ouest-Eclair [7] de la même année)
En 1986, une étude sur Marchal précise :
« le drapeau semé d’hermines a été l’emblème officiel du duché de Bretagne (…). Pourtant, les jeunes de Breiz Atao veulent l’abandonner, à cause de la confusion (…) avec les fleurs de lys des royalistes. Marchal et Rickwaert trouvent dans les armes de la ville de Rennes matière à inspiration »
(Dalc’homp Soñj [8] , n° 17, 1986, p. 22, « Morvan Marchal, 1900-1963, créateur du Gwenn ha Du », Jakez Gaucher)
En 1937-38, le Gwenn ha du commence à être connu et donne lieu à une querelle par journaux interposés, les tenants du drapeau d’hermines dit traditionnel défendent leur drapeau face aux tenants du drapeau à rayures dit moderne ou Gwenn ha du. Ces drapeaux feront l’objet d’un choix quasi politique assez marqué avant-guerre : les modernistes proches de Breiz Atao [1] utilisent surtout le Gwenn ha du, alors que les pèlerins des pardons et autres fêtes religieuses, mais aussi de nombreux bagadoù [9] , utilisent le drapeau d’hermine