L’exploitation

Vendredi 21 novembre 2008, par mens // Sain-Bel

Les mines de Sain-Bel sont pendant très longtemps des mines : de cuivre extrait des pyrites de cuivre ou chalcopyrite, puis de pyrite de fer à le suite des travaux des frères PERRET.
On manque évidemment de données concernant les travaux qui ont pu être exécutés par les Romains dans le secteur de Sain-Bel, de même que ceux qui furent l’oeuvre des marchands de Lyon au début du XVe siècle, travaux qui portèrent essentiellement sur les parties du gisement les plus riches en cuivre.

Les premiers travaux importants datent de l’époque de Jacques Coeur qui, par ordre du roi Charles VII, avait remis en état les mines de la région lyonnaise en association avec une famille influente de marchands lyonnais, les Baronnat [1]. Mais Jacques Coeur, qui avait surtout besoin d’argent devait particulièrement s’intéresser aux mines de plomb argentifère de la région et particulièrement à la mine de Pompalieu, sur la paroisse de Brussieu et peut- être à la mine de Sainte Foy l’Argentière.

Après la condamnation de Jacques Coeur et sa mort, les renseignements deviennent rares et l’intérêt ne semble pas se reporter avant le début du XVIIIe siècle sur les mines de Sain-Bel qui vont alors connaître une période de grande prospérité. Le minerai extrait nécessite en 1748 la construction d’une importante fonderie à Sain-Bel. Le cuivre noir (matte de cuivre) est envoyé à Chessy pour y être raffiné en cuivre rosette.

Mais bientôt les difficultés d’extraction entraînent la fermeture d’une partie des mines, Chevinay en 1774, le Pilon en 1789, seule la partie située au Nord, à Sourcieux les Mines continue à être exploitée au ralenti et les affaires périclitent le minerai étant peu riche et difficile à extraire.

En 1839, les mines de Sain-Bel deviennent la propriété des frères Perret qui installe une fabrique d’acide sulfurique à Saint-Fons.

La production de la mine de Sain-Bel va dès lors augmenter rapidement surtout après 1872, date de la fusion de la Société Perret - Olivier avec la Compagnie Saint-Gobain. Le rôle de Sain-Bel n’est plus que d’alimenter l’usine de Saint-Fons.

Les nouveaux propriétaires disposent d’un gisement qui par l’importance de ses réserves et par la pureté de son minerai, constitue un des plus importants gisements de la pyrite du monde. En 1878 le Puits Saint-Gobain est mis en service et le tonnage extrait annuellement augmente considérablement pour atteindre un maximum durant les années 1898 -1903 ( 320 000 t en 1903 année record ). En 1928, le Puits Saint-Gobain qui avait fourni plus de 10 M/ t de pyrite est remplacé par le Puits Perret, qui devait être en service jusqu’à la fermeture de la mine en juin 1972. L’exploitation se faisait primitivement à Sain-Bel par étages de 30 m, divisés en une série de sous étages de 5 m, composés à leur tour de tranches de 2 m 50 de hauteur que l’on enlevait, les sous - étages en descendant, les tranches en montant, le remblayage étant fait avec le stérile. En 1948, lors de la modernisation de la mine, la méthode unie - descendance avec foudroyage et planchéiage de la sole remplaça la méthode d’exploitation précédente.

Cette méthode consiste à prendre le gisement en descendant par tranches en consolidant la couronne, c’est-à-dire le plafond chantier long de 20 à 30 m, primitivement par des bois de pin puis plus récemment par des profilés spéciaux plus résistants et récupérables. Une fois le chantier épuisé on provoque la destruction du soutènement et le plafond de la galerie s’effondre progressivement sur la sole, garnie au préalable d’un planchéiage. On attaque alors une nouvelle tranche de 2 m 50 en dessous et ainsi de suite.

Les mines de Sain-Bel ont présenté quelques problèmes particuliers lors de leur exploitation. Dans les galeries boisées on observait parfois une production d’oxyde de carbone, ayant vraisemblablement pour origine une fermentation des vieux bois due à des bactéries et à des champignons. C’est pourquoi pendant longtemps on mettait à l’intérieur de la mine, un canari dans une cage. Le canari est un animal très sensible à l’oxyde de carbone à la moindre émanation duquel il se met à battre des ailes. Il ne restait plus alors qu’à se sauver en mettant le masque dont chaque personne se trouvant dans la mine devait être muni et qui permettait une respiration de quelques heures dans une atmosphère riche en oxyde de carbone.

Les eaux d’exhaure posent un autre problème aux exploitants. Une fois remontées au jour à l’aide de pompes ces eaux très acides et riches en oxyde de fer qui les colore en rouge, ne peuvent être rejetées dans la Brévenne sans avoir été traitées. On leur rendait un Ph convenable en les mettant au contact de chaux qui par réduction transformait le fer ferrique en fer ferreux. Après un séjour de 2 à 6 semaines dans de vastes bassins de décantation, où le fer se déposait, les eaux pouvaient être rejetées enfin dans la Brévenne.

Arrivé au jour, le minerai de Sain-Bel ne nécessitait aucun traitement, sa teneur en soufre étant suffisante du fait de sa pureté. Un broyage simple suffisait à le réduire à la grosseur de 1 mm.

Il était primitivement acheminé par une chaîne flottante établie en 1878, puis par des camions à la gare de Sain-Bel où des wagons ferroviaires l’acheminaient sur les usines de Saint-Fons.

L’effectif de la mine, qui était de 600, dont 440 au fond en 1894, avait progressivement diminué. En 1964, il était de 400 avec une production de 190 000 t pour tomber à 130 en 1971 avec une production de 80 000 t au moment de la fermeture.

Le fer qui était contenu dans les cendres de grillage des pyrites était utilisé après agglomération comme minerai de fer dans les établissements métallurgiques de la région et de l’étranger.

Les pyrites riches en cuivre étaient grillées séparément à Lyon et leurs résidus étaient (1959) envoyés en Allemagne où s’effectuait la récupération du fer et du cuivre.

P.-S.

Notes :
[1] Baronnat, famille lyonnaise de marchands dont plusieurs de ses membres ont été échevins de Lyon (Jacques, échevin de Lyon en 1499, 1514 - Geoffrey, échevin de Lyon en 1525, 1536, 1542 - Claude, docteur es droits, échevin de Lyon en 1530 - Nicolas, procureur du roi, échevin de Lyon en 1545)