Jacques Coeur (1395 - 1456) est l’un des personnages les plus énigmatiques de la première moitié du XVe siècle, époque marquée par les dernières opérations de la guerre de Cent Ans. Tour à tour présenté comme un homme d’affaires ou comme un aventurier, il semble plutôt s’être consacré au service du « roi de Bourges » en s’occupant de certains aspects financiers et commerciaux de sa politique [ce qui n’exclut pas de sa part une relative malhonnêteté] puis, une fois les Anglais chassés de Paris, à restaurer la puissance de Charles VII outre-mer par son activité diplomatique.
Jacques Cœur est né à Bourges vers 1400 dans une maison proche de l’église Saint Pierre le Marché, rue de la Parerie. Pierre Cœur son père exerce la profession de marchand pelletier et, son commerce l’amène sans doute à avoir quelques relations avec la cour du duc Jean de Berry. Son fils Jacques entame son ascension sociale en épousant, en 1418, Macé de Léodepart, la fille du prévôt ducal de Bourges, tandis que sa sœur se marie avec le secrétaire du roi, tissant ainsi un premier réseau de précieuses relations.
Jacques Cœur devient un commerçant à une échelle beaucoup plus ample que ses concurrents de l’époque. Marchand mais aussi banquier, armateur, industriel, s’engage en 1444 dans les entreprises minières du Beaujolais et du Lyonnais. Il est le contemporain de Jeanne d’Arc, de Gilles de Rais , et le confident d’Agnès Sorel . Il conçoit des routes, installe des comptoirs pour faire commerce avec les infidèles, créé une flotte de navires. Ses galées, et le négoce avec le Levant deviennent plus que prospères.
Il est un manager d’une grande modernité, à la fois Receveur des taxes sur le sel, Commissaire aux États du Languedoc, maître des Monnaies et Argentier du Roi. Il tisse un réseau commercial de toute première importance, avec Montpellier, puis Lyon, Avignon, Limoges, Rouen et Paris.
Comme l’écrivent ses biographes, Il est créateur, sans le savoir, des sociétés multinationales et des entreprises à succursales multiples, il réussit à stopper la dévaluation de la monnaie. Il est un génial administrateur et un diplomate dans des situations délicates, fréquentent les rois, les princes et les papes.
En fait, la fortune du grand argentier ne serait pas due totalement à la vente de tissus ou de fourrures aux nobles de la cour, ni dans la fabrication de l’or à partir de métaux vils comme cela se murmure dans les milieux alchimistes. C’est sans doute plus simple et plus rentable, il joue les différences de cours de l’Or et de l’Argent, entre l’Occident et le Levant.
Jacques Cœur est anobli en 1441, et deux ans plus tard, il acquiert un terrain, pour y construire une grant maison, ce que nous appelons le Palais. Les travaux commencent assez vite, mais les difficultés techniques apparaissent, car la construction se fait sur une partie du rempart gallo-romain !
En 1450, le Palais est presque terminé. Jacques Cœur donne une fête dans la salle des festins, pour la réception organisée à la suite de l’accession comme archevêque de Bourges de son fils, Jean. Ce sera une des rares occasions pour Jacques Cœur de profiter de son palais.
Jacques Cœur est arrêté le 31 juillet 1451. Il est d’abord soupçonné d’avoir empoisonné Agnès Sorel. Puis d’autres accusations viennent relayer la première, vite démontées. On l’accuse alors de malversations financières diverses. L’instruction de l’affaire est menée par le procureur Jean Dauvet, et l’accusé est condamné à mort le 29 mai 1453. Dès les jours suivants, il fait amende honorable et sa peine est commuée en emprisonnement à vie, tandis que ses propriétés sont saisies et que ses débiteurs doivent régler au roi le montant de leur dette.
Il s’évade en octobre 1454 du château de Poitiers, où il est emprisonné, et parvient à gagner Marseille puis Rome, où le pape Nicolas V le reçoit. Or, en 1453, Constantinople tombe aux mains des Turcs, et Nicolas V puis son successeur Calixte III prêche une nouvelle croisade, à l’organisation de laquelle prend part Jacques Cœur. Il s’embarque en juin 1456, et meurt à Chio le 25 novembre de cette année.
Parmi les fils de Jacques Cœur, Jean devient archevêque de Bourges, Henri est chanoine et Geoffroy officier royal. Ils parviennent à récupérer une partie de l’héritage de leur père.