Grémillon Jean

Samedi 14 février 2009, par mens // Cinéastes

Jean Grémillon, né le 3 octobre 1901 à Bayeux, Calvados et décédé le 25 novembre 1959 Paris, est un réalisateur et scénariste français de premier plan pour la période 1930-1944, qui est reconnue par les historiens du cinéma comme une période brillante et homogène du cinéma français, malgré l’occupation allemande de 1940-45. Et grâce à l’interdiction des films américains sur le territoire national, ce qui accroit la demande de films français de la part du public en temps d’occupation. Il réalisera encore plusieurs films après guerre, inspirés de ses premiers travaux (sur la mer, l’insularité, les phares) dont des documentaires, faute de moyens de production suffisants. Il reste un artiste complet, singulier, dans cette histoire du cinéma français muet et parlant du premier XXe siècle.

L’Amour d’une femme

Réalisation : Jean Grémillon (1901-1959)
France-Italie, 1953, noir et blanc.

Une jeune femme médecin, Marie Prieur, arrive dans l’île d’Ouessant. Elle vient remplacer le vieux docteur jusque-là en exercice. Considérée avec méfiance par les habitants, elle gagne peu à peu leur confiance et fait la connaissance d’un jeune ingénieur italien qui dirige le chantier de construction de sirènes de brume…

"C’est dans l’île d’Ouessant, à l’extrême pointe du monde d’Occident que se situe l’action du film [...] Le folklore breton ne déborde pas sur notre histoire, pas de chants, pas de danses [...]

Le choix d’Ouessant s’imposait par raison psychologique, non géographique. Il s’agissait de situer l’action dans un endroit difficile, solitaire, pour que le problème y prenne toute son acuité. Ce problème [...] c’est celui de la femme et de son métier…"
Au centre de L’Amour d’une femme, la recherche fondamentale et constante que poursuit Grémillon de film en film, celle de la liberté des êtres. Ici, le déchirement d’une femme partagée entre deux amours : l’amour d’un homme et l’amour de son métier. Comme Thérèse Gauthier, la petite provinciale du Ciel est à vous, Marie Prieur, ne pourra renoncer à sa passion qui est aussi sa fierté. Un choix tellement grand et tellement simple qu’il en devient exemplaire. Pourtant, L’amour d’une femme n’est pas un film à thèse. Dans un juste équilibre entre fiction et documentaire, il est "l’insertion d’un destin personnel dans le cadre d’une structure sociale qui, tout à la fois, l’explique et le dépasse", l’histoire d’une femme dans une réalité concrète qui peut l’écraser ou l’exalter.

Nulle fatalité dans cette destinée, mais le tragique d’un quotidien et la désolation de la solitude qui s’inscrit dans le dernier plan, un gros plan du visage de Micheline Presle, déchiré et empli de larmes.

L’Amour d’une femme fut un échec. Echec d’autant plus grand que le film fut retiré très vite des écrans. A sa sortie Jean de Baroncelli écrivait : "Il y a dans l’œuvre de Grémillon une sérénité hautaine qui est la marque même de sa qualité. Grémillon ne méprise pas les hommes (je pense au contraire qu’il les aime d’une affection fraternelle), mais il méprise leurs jugements. Il ne tient pas à plaire. Il se moque de la mode. Il se moque aussi (et on lui en tient rigueur) de certaines contingences matérielles, qui sont prépondérantes au cinéma. Il va droit son chemin, fidèle à soi-même dans l’erreur comme dans la réussite, avec une douce obstination, qu’on serait tenté de qualifier de bretonne s’il n’était normand, et qui n’est que l’obstination des créateurs authentiques."

L’Amour d’une femme est le dernier long-métrage de Jean Grémillon. Il ne put ensuite réaliser que quatre courts-métrages dont André Masson et les quatre éléments (1953), son œuvre ultime.

Portfolio

P.-S.

Sources :

  • Crac - Centre de recherche et d’action culturelle
  • Photo dédicacée publiée selon l’aimable autorisation de John Ushant de Keller