Scènes de naufrages de navires ayant fait l’objet par les insulaires de l’exercice de leur droit de bris
a - XVIIe-XIXe siècles : une période particulièrement riche en naufrages.
La période des prises, pillages et naufrages de bâtiments au large d’Ouessant et de Molène dressée après l’inventaire des fonds de l’Amirauté du Léon, est d’une extraordinaire richesse pour tout le XVIIIe siècle.
Le naufrage du vaisseau français l’ Atlas allant de la Louisiane à La Rochelle fait grand bruit. Chargé de brais, de goudrons, cacao, pelleteries, indigo, riz, tabac, il se brise sur Ouessant le 21 janvier 1739 par faute de manœuvres. Sa cargaison est vidée.
Le Triomphant , échoué sur les roches d’Ouessant dans la nuit du 13 janvier 1768 donne lieu à une procédure au sujet des vols commis à bord. Il transportait du coton et du savon.
Dans la nuit du 3 au 4 mars 1817, un brick anglais, le James qui transporte 40 tonnes de sel en provenance du Croisic est complètement démâté par la tempête. Voulant faire procéder à la vente du sel, le receveur principal du Conquet autorise les habitants de l’île à acheter au Capitaine du navire sa marchandise. Non seulement la cargaison de sel n’a pas été achetée mais elle a disparu. Suite à une plainte déposée par le Capitaine, on retrouvera plus tard le sel naufragé. Placé dans un magasin gardé, celui-ci sera forcé et le sel retourna à jamais dans la clandestinité.
En mars 1818, un navire suédois de 300 tonneaux, l’ Hector , s’échoue. Les représentants de l’administration essaieront d’intervenir mais trop tard, ils n’arriveront pas à empêcher la population d’user et d’abuser de son traditionnel droit de bris.
Les scènes d’ivrognerie collective autour de fûts ou de tonneaux emplis de rhum, d’eau de vie ou de vin font également partie de l’exercice de leur droit de bris par les ouessantins. On n’en finirait pas de décrire les apports insolites des naufrages. Ainsi l’auberge Stephan, au bas du bourg, exhibe-t-elle au début du XXe siècle une belle glace récupérée sur le Ville de Palerme !
b - Un droit de pensé ouessantin qui résiste au temps
La nécessité et la longue tradition d’user du droit de bris furent si fortes qu’elles ont fini par déterminer un comportement insulaire original, si bien que cette habitude qui a presque disparu partout ailleurs, reste encore bien vivante à Ouessant. La tâche des ouessantins est maintenant plus facile. On n’utilise plus le pech, on se contente de récupérer ce qui est dans les rochers, et on dispose de voitures et de camionnettes pour un transport plus rapide. Ainsi au gré du hasard des naufrages et des avaries en mer, les grèves s’animent-elles encore périodiquement ...